Charlot
Démarche artistique
Les installations de Romane Charlot se composent de sculptures lumineuses à mi-chemin entre objets, instruments et machines. Conçues en verre coloré, elles jouent avec la lumière pour projeter des couleurs, des ombres et des reflets qui métamorphosent l’espace. Inspirées des premières inventions optiques, astronomiques et du protocinéma, ses œuvres plongent le spectateur dans un univers aux résonances populaires, évoquant tour à tour le cirque, la fanfare ou l’usine. La notion de collectif est au cœur de son imaginaire. Chaque sculpture existe comme un individu, mais prend pleinement sens au sein du groupe, à l’image d’un orchestre dont les projections lumineuses remplacent les notes. Ces installations apparaissent alors comme les vestiges d’une performance passée ou les prémices d’un spectacle à venir. Elle puise, une part essentielle de son imaginaire dans une mémoire ouvrière et populaire, transmise au sein de sa famille originaire du Nord de la France. Elle s’intéresse aux formes collectives de création telles que les fêtes populaires, les contes régionaux et les traditions transmises de génération en génération. Elle inclut également dans ces formes collectives les gestes du travail manuel et répétitif, qui unissent divers individus. Son travail s’interroge sur ces moments où la communauté se rassemble, soit pour produire, soit pour célébrer. Sa pratique repose sur une approche intuitive qu’elle qualifie de « bricologie», où les matériaux guident les formes et les procédés. En réinterprétant librement des techniques artisanales, elle refuse toute vision dogmatique de l’artisanat. Le processus de création fait pleinement partie de l’œuvre, interrogeant la frontière entre artisanat et production industrielle et révélant les conséquences écologiques et sociales de ces systèmes. Ses sculptures, pensées pour une activation potentielle, invitent les spectateurs à imaginer des mouvements, des déplacements ou des gestes. En mêlant lumière et matière, elle cherche à faire émerger la poésie du verre coloré, de la répétition des gestes et du bricolage, créant des espaces de résistance sensible, des lieux de partage, de mémoire et d’illusion lumineuse.
“Imaginée comme une jam session, une courte performance est jouée par plusieurs interprètes qui activent des objets façonnés par l’artiste. Une douce poésie s’installe alors qu’une performeuse fait retentir une cloche en verre, suivit par le rythme d’un métronome. Chaque instrument affecte les autres et altère la dynamique de la pièce sonore. Ainsi, les spécificités des sons intègrent la chorégraphie, d’où émerge une mélodie à la fois maîtrisée et improvisée. Romane Charlot crée des objets inspirés du quotidien, en mêlant l’acier et le vitrail, parfois en soufflant le verre. Telle un inventrice, elle exploite l’aspect translucide du matériau pour permettre à la lumière et à la couleur de se mouvoir dans l’espace. Les projecteurs disposés au sol réfractent des formes irrégulières qui suggèrent le théâtre d’ombres. Tandis que la lumière est fixe, les oeuvres, elles, sont en mouvement. Les mécanismes simples leur confèrent un aspect artisanal, comme le support circulaire, qui évoque certaines techniques du proto-cinéma. Lorsqu’une bille prend la dimension d’un ballon, le changement d’échelle renforce l’effet humoristique de son approche. Tel un cabinet de curiosités, les prototypes d’ojets en devenir sont rangés sur des étagères. Déployant un univers onirique à la faveur d’un événement forain, Romane Charlot nous replonge délibérément en enfance.”
Texte écrit par Aurore Forray pour l’édition Finale, L’art et la vie et inversement, 2025